Apprentissage moteur chez les personnes jeunes et âgées : effet de l’imagerie motrice et de la stimulation transcrânienne à courant continu

Angèle Métais · theses.fr (ABES) · 2023

L'autonomie d'une personne est tributaire de sa capacité à réaliser les activités de la vie quotidienne, notamment les actions séquentielles, qui font partie intégrante de notre motricité. Elles vont de mouvements des doigts tels que lacer ses chaussures, à des gestes impliquant l’ensemble du corps comme la danse, en passant par la coordination bimanuelle, comme jouer au piano. Ainsi, le développement et le maintien de ces habiletés motrices - fines et globales - sont nécessaires pour 1) préserver l’indépendance et, 2) s’engager dans des activités de loisirs, deux éléments clés pour favoriser un vieillissement réussi. L’apprentissage moteur séquentiel (APseq) est un processus par lequel une combinaison de mouvements distincts arrive à être effectuée avec aisance et fluidité après une pratique répétée. Il est principalement étudié à travers des paradigmes de mouvements des doigts (finger tapping tasks), qui examinent la manière dont nous acquérons, consolidons et retenons de nouvelles habiletés motrices. L'objectif principal de cette thèse était d'étudier les effets de deux méthodes, l'imagerie motrice (IM) et la stimulation transcrânienne à courant continu (STCC), sur l’APseq d’habilités motricités fines et globales, chez des individus jeunes et âgés. L’IM consiste en une simulation mentale des actions, tandis que la STCC est une stimulation cérébrale non invasive qui peut modifier l'excitabilité corticale. Leur association pourrait faciliter l’apprentissage. Premièrement, nous avons appliqué le modèle classique de l’APseq de mouvements des doigts à l’apprentissage d’une tâche sollicitant l'ensemble du corps. Cette tâche a été apprise soit par pratique physique (PP ; étude 1), soit par pratique mentale basée sur l’IM (PIM ; étude 2), chez des individus jeunes (études 1 et 2) et âgés (étude 5). Dans l’ensemble, les performances étaient plus faibles chez les sujets âgés par rapport aux jeunes. Plus spécifiquement, chez les individus âgés, l’apprentissage était altéré pour les mouvements fins mais préservé pour les mouvements globaux, en restant de qualité identique à celui des jeunes. Ces études apportent des éléments fondamentaux sur les processus d’acquisition et de consolidation des mouvements fins à globaux lors d’une courte période d’entraînement. Deuxièmement, nous avons évalué l’effet de la PIM en testant son effet sur une seule session d’entraînement (études 2,4,5) ou plusieurs (étude 3), avec une population jeune (études 2, 3 et 4) et âgée (études 3 et 5), en comparaison ou en combinaison avec la PP (études 4 et 5). Dans l’ensemble, l’entraînement d’IM a induit des bénéfices mais avec des effets variables. Dans certains cas, elle a amélioré la performance (études 2 et 3, 5). Dans d’autres, les résultats étaient moins concluants, parfois sans différence par rapport aux groupes n'ayant pas suivi d'entraînement (études 2 et 5). Cette divergence souligne que l'effet de l'IM varie en fonction de l'individu, de la tâche et du temps de pratique. Elle n’est pas toujours une solution bénéfique pour améliorer l’apprentissage, que l’on soit jeune ou âgé, lorsqu’elle est utilisée seule et/ou sur un entraînement court. Chez les sujets âgés, lorsque la PIM est combinée à la PP, elle induit les mêmes bénéfices que l’entraînement physique seul, et devrait être privilégiée. Enfin, nous avons testé l’application d’une STCC anodale sur M1, pendant ou après un entraînement mental ou physique de tâches de motricité fine ou globale. Il n'y a pas eu d'effet significatif de la STCC sur l’amélioration des performances, que la stimulation ait été appliquée pendant (étude 3) ou après (étude 5) l’acquisition de ces tâches. Dans ce contexte, avec les paramètres que nous avons employés et les échantillons de population examinés, la STCC anodale sur M1 n’apparait pas efficace pour favoriser les apprentissages moteurs.

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