Trust and exchange : the production of trust in illicit online drug markets
Rasmus Munksgaard · 2020
Au cours de la dernière décennie, les marchés illicites en ligne sont passés de niches de marchés à plateformes économiques à part entière. L’un des aspects de cette expansion semble reposer dans l’abandon de l’articulation traditionnelle de la relation de confiance entre vendeurs et acheteurs pour l’adoption de transactions régies par les principes d’atomisation sociale et d’anonymat. Se situant au cœur d’une sociologie économique des marchés illicites encore émergente, cette thèse cherche donc à étudier l’élaboration de la confiance au sein des marchés de drogues illicites en ligne. En m’appuyant sur la notion d’institutions en tant que constructions sociales, j'avance la thèse selon laquelle ces marchés illicites modernisent les modalités de transaction des marchés licites traditionnels : des contrats sont proposés ; des tribunaux sont érigés; la sanction est formalisée ; et la gouvernance est transformée. Cette approche permet de révéler un schisme fondamental de la littérature et de ses postulats à l’égard de l'ordre social régnant au sein des marchés illicites en ligne -- rupture qui s’exprime notamment par l’opposition entre 1) une conception de ces marchés comme socialement atomisés et régis uniquement par la réputation ; et 2) l’idée selon laquelle les serveurs restent sous le contrôle des administrateurs. Afin de pallier cette discordance, je propose un modèle d’élaboration de la confiance notamment issu des approches cognitives et comportementales. Premièrement, je soutiens qu'un ensemble de mécanismes actifs de renforcement remplace fonctionnellement les principes sociaux traditionnels de la confiance. Deuxièmement, je soutiens que la confiance, aussi bien interpersonnelle qu’abstraite (à savoir, la confiance accordée aux institutions), est principalement produite selon un processus bayésien d'accumulation d'expériences. Dans cette perspective, l'article « Uncertainty and Risk » examine l'ensemble des mécanismes actifs de renforcement de la confiance -- première composante de ce modèle -- et révèle que les vendeurs ajustent les prix non seulement en fonction de la réputation, mais également des contrats et du statut. Dans les articles suivants, le processus bayésien d'accumulation d'expériences -- deuxième partie du modèle -- est abordé. L’étude menée dans l‘article « Building a case for trust » met ainsi en lumière une association entre les échanges répétés avec le vendeur et une tendance à effectuer des transactions de plus en plus importantes. Le troisième article (« A change of expectations? »), quant à lui, met en exergue le fait qu’un faible nombre d’expériences satisfaisantes suffit à augmenter la certitude de l’acheteur quant à la qualité du produit illicite. Dans leur ensemble, ces deux articles soutiennent l’idée selon laquelle le processus d'accumulation d'expériences favorise la coopération et les attentes. Enfin, ce travail s’achève par l’articulation des deux composantes de ce modèle et, de manière plus générale, par l’articulation de la thèse de la modernisation et d’une conception de la confiance dont l’élaboration repose sur un processus d’accumulation d’expériences sociales. L’apport unique d'une sociologie économique dans l’étude criminologique des marchés illicites est notamment souligné et des pistes de recherches futures sont discutées.