Théorie des intervalles
Gino Stefani · Canadian University Music Review · 1986
Prémisses Notre point de départ est une donnée de l'expérience quotidienne : les intervalles musicaux sont des éléments signifiants.Un exemple : la phrase musicale "AU'erta!",au début de Trovatore.Tout auditeur, même ignorant le libretto, ressent cette phrase comme un geste oral ample, emphatique, imposant, décidé, péremptoire ; finalement, comme un cri, un ordre, un rappel autoritaire.Or, il suffit d'un instant de réflexion pour se rendre compte que l'intervalle d'octave concourt d'une façon évidente et d'une manière cohérente à bâtir ce sens.Pour vérifier cela, il n'y a qu'à remplacer l'octave par d'autres intervalles, en remarquant ce qui change dans le sens d'ensemble de la phrase ou, plus précisément, de la situation en scène ; on en conclura sans effort que cet intervalle apparaît justement comme le plus adapté à la situation.Donc, l'intervalle d'octave a un sens à lui, connu par Verdi et par nous, antérieur à son emploi dans cet opéra ou un autre, chez cet auteur ou un autre ; un sens plus ou moins homologable et composable avec le sens de certains contextes et certaines circonstances extramusicalesverbales et théâtrales, par exemple.Jusqu'ici, l'expérience est commune.Mais voici le problème qui se pose aux musicologues : quel est, précisément, ce sens ?comment va-t-il se construire ?est-il toujours présent de la même manière dans les différentes occurrences de l'intervalle ?